Béatrice Nicodème romancière

Eléonore de Kerruis

Lorsque éclate la Révolution, Eléonore, fille du baron de Kerruis, n’a que treize ans. Sa famille, qui appartient à la petite noblesse, demeure dans un manoir situé en forêt de Brocéliande (l’actuelle forêt de Paimpont). Adolescente, Eléonore est davantage intéressée par la chasse au loup que par la colère du peuple. Mais la Révolution éclate et la France bascule bientôt dans la Terreur. Pendant dix années, Eléonore va être entraînée dans un tourbillon qui va transformer la jeune fille insouciante en une femme mûre.

1794 : seule contre les loups

Dans Les Loups de la Terreur, elle va devoir tenir tête aussi bien à un garde national grossier venu s’installer au manoir de Kerruis, qu’à son demi-frère, Morvan, qui a bien l’intention de s’approprier les biens de leur père. Elle va aussi vivre une grande passion. Mais l’Histoire est impitoyable…

« Tout cela est le passé. La peur et la mort sont arrivées et, maintenant, le moment est venu de prouver mon courage, moi qui ai toujours prétendu être libre comme un homme et n’avoir peur de rien ! »
(Les Loups de la Terreur)

1795 : témoin du débarquement de Quiberon

La Mort du Loup blanc voit Eléonore et son fils réfugiés en presqu’île de Rhuis. Tout en étant confrontée à des meurtres inquiétants, la jeune femme se trouve malgré elle impliquée dans le débarquement des émigrés et des Anglais désireux de restaurer la monarchie. Elle va rencontrer Georges Cadoudal, un des chefs de l’opération, et surtout un des chouans les plus fervents, Louis de Tinténiac surnommé le Loup blanc. Mais toute cette violence ne débouche que sur un échec dramatique. Eléonore sait maintenant avec certitude ce qu’elle pressentait depuis longtemps : dans un conflit, le bien et le mal, la cruauté et la bienveillance ne sont l’apanage d’aucune des forces en présence.

« La vision de ces paysans dansant avec une gaieté enfantine autour de ce gigantesque feu avait quelque chose de magique, qui m’a fait songer que l’Histoire est un éternel recommencement. Combien d’hommes, depuis la création du monde, ont ainsi dansé devant un feu de joie, pour aller peut-être à la rencontre de la mort le jour d’après ? »
(La Mort du Loup blanc)

1798 : À Londres avec les émigrés

La vie à Londres est plus paisible qu’en France, mais il n’est pas facile, pour une jeune femme démunie, d’assurer sa subsistance et celle de son enfant en pays étranger, surtout lorsqu’une une série de morts suspectes ébranle le petit monde des émigrés. Loin de leur pays, privés de leurs richesses et de leurs atours, les aristocrates révèlent leur véritable personnalité. Ce microcosme est riche d’enseignements pour une jeune femme observatrice qui ne se prive pas de critiquer ses pairs.

« Je les trouve pourtant bien déplaisants, ces gens " de notre monde ", comme dirait la comtesse ! Ils ne sont hélas que trop conformes à l’image que je m’en suis forgée durant les événements de Quiberon. Je ne saurais oublier la façon dont les émigrés ont envoyé les paysans bretons se faire tuer en première ligne, ni la morgue avec laquelle, m’a-t-on dit, ils considéraient ces gueux mal vêtus et à peine chaussés. »
(Le Chacal rouge)

1800 : Mêlée au complot de la Machine infernale

De retour de Londres, Eléonore et son fils partagent l’espoir que la plupart des Parisiens mettent dans le Premier consul. Mais le climat est tendu et les hommes de Fouché, l’implacable ministre de la Police, sont sur les dents, car des projets d’attentats contre Bonaparte naissent tous les jours. Lorsque Eléonore découvre que Julien, un garçon du pays, fait partie d’un de ces complots, elle tente de s’opposer au projet. Elle ignore qu’elle s’engage ainsi dans un engrenage infernal. Vouloir la paix est bien, mais comment abandonner ses amis lorsqu’ils ont choisi de se battre ?

« Royalistes et chouans n’ont pas renoncé, eux non plus... Je refuse de les juger, car ils ont été mes amis, et leur idéalisme comme leur sincérité m’incitent à l’indulgence. Comme il me paraît loin, cependant, le temps où je ne rêvais que de me joindre à eux ! Que ne comprennent-ils que nous devons maintenant oublier nos querelles et regarder l’avenir ? Il y a eu trop de violence, trop de haine de part et d’autre. Aujourd’hui, je ne désire plus que la réconciliation et la paix. Ne seraient-elles que chimères ? »
(La Conspiration de l’Hermine)

1804 : En prison avec les hommes de Cadoudal

Depuis que Fouché a été évincé du ministère, Eléonore espère être enfin hors de danger. Cependant les arrestations arbitraires se multiplient, et l’atmosphère de conspiration et de suspicion rend la capitale irrespirable. La jeune femme se trouve assez rapidement confrontée à un meurtre dont on pourrait bien la soupçonner, et, surtout, ses vieilles amitiés bretonnes lui coûtent cher : elle se trouve entraînée dans les remous de la dernière conspiration de Georges Cadoudal, qui s’achève sur l’exécution du chef breton et de tous ses complices. Le destin, cette fois encore, l’a entraînée en première ligne. Cependant, lorsqu’elle quitte la prison du Temple, elle sait enfin où est son avenir, comme celui de son fils. Elle sait aussi qu’il est un temps pour la passion et un temps pour le rêve, mais que la réalité aussi, avec ses imperfections, peut être belle.

« Autour de moi, les chouans s’exhortent au courage, ils prient parfois à haute voix en demandant la force de ne pas trahir, mais que reste-t-il à trahir ? Ils ont perdu… oserai-je écrire : enfin ! Ils viennent du même pays que moi, j’ai aimé un homme qui était des leurs, mais je voudrais qu’aucun d’eux n’eût jamais vu le jour. »
(L’Envol de l’Aigle)

 
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